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La crise intellectuelle : Qu’est-ce qu’un intellectuel ? Ou plutôt, que devrait être un intellectuel ?
Levons d’emblée l’équivoque ! S’il est un mot dont on use abusivement, c’est bien celui-là. Qui peut déchiffrer son nom sur un papier administratif se proclame intellectuel, confondant un lettré et un intellectuel. Ici, nous entendons par intellectuel un travailleur de l’esprit, qui ne s’enferme pas dans les privilèges de son statut, qui met sa notoriété ou son talent au service des valeurs que sont la justice, la liberté, l’égalité, etc.
Pour appartenir au monde des intellectuels, il ne suffit pas de produire une œuvre artistique, scientifique, littéraire, il faut aussi savoir l'imposer dans différents réseaux de légitimation et de consécration : la recherche, l'enseignement ou l'édition.
Un intellectuel est lui qui manie les concepts, les analyses, c'est lui qui a le recul sur les événements, et des connaissances précises sur les faits, sur le monde, et qui par ses connaissances peut prendre position dans le débat en faveur de ce qui lui semble juste, au-delà des partis et des idéologies.
L'intellectuel s'insurge: il prend parti, il pèse sur le monde par ses prises de position, il est dans son temps, et il pointe du doigt les erreurs, les dysfonctionnements et les faiblesses et bassesses de son époque. Il est là pour apporter son jugement éclairé. Non pas comme garde-fou, non pas comme un phare dans la nuit, mais bien comme un berger qui voit sa brebis affolée sur le bord du chemin et qu'il ramène dans le troupeau.